☾ Rituels ☽ ~ "Nuances" (Partie II)

- november 6th 1992

Cher journal,

J'ai encore la sensation du sable humide sous mes pieds. Je dansais entre les galets, avec une seule chose en tête : revoir ma mère.

Je fais ce cauchemar, depuis toujours, encore et encore. Elle est attirée inexorablement dans les profondeurs. L'eau pénètre dans ses poumons.
Mais cette fois, ce n'était pas ma mère. C'était lui. L'amour de ma vie, englouti dans les abysses. Le lendemain, j'ai appris qu'il avait disparu. Est-ce de cette façon que ma mère est morte ? Est-il mort lui aussi ? Je ne peux pas y croire. Je ne veux pas y croire.

Ma grand-mère maternelle m'a recueilli quand j'avais quatre ans. Elle m'a élevé comme sa propre fille. Je vois les photos encadrées dans l'escalier. Ma mère me ressemblait tellement. Ma grand-mère sait toujours quoi me dire quand ça ne va pas. Cette fois encore, elle avait réponse à tout. "Ta mère, plus que tout autre, savait comment traiter avec les ondins. Il existe un moyen de communiquer avec elle. C'est bientôt Samhain, quand le voile entre les vivants et les morts est plus fin que jamais. C'est à ce moment que tu devras faire ton rituel".

Tout ça est nouveau pour moi. Je n'étais pas sûr d'y parvenir. Mais l'air était chargé ce jour là. C'était comme si le vent me guidait.

De l'écume s'est formé une forme humaine. Elle s'est avancé vers moi. J'ai ajouté le sel de mes larmes à l'océan. Elle m'a parlé d'une voix si douce, si apaisée. Et puis elle est repartie comme elle est venue, me laissant encore plus désemparée.

Une phrase me revient, comme un murmure lointain : "Le monde est fait de nuances."
 

☾ Rituels ☽ ~ "Nuances" (Partie I)

- september 20th 1992

"J'aurais pu être princesse
Tu aurais pu être roi
Nous aurions pu avoir un château
et porter une bague
Mais non, tu m'as laissé partir"

Jamais je n'aurais pensé écrire dans un journal intime. Je me sens comme une caricature d'adolescente qui pleure de son premier amour. Je sais très bien que c'est insignifiant, que ça passera. Et pourtant la souffrance est tellement forte que j'ai le sentiment de ne jamais pouvoir m'en sortir. J'ai besoin que ça sorte, d'une manière ou d'une autre.

Je suis amoureuse d'un garçon depuis le premier jour où je l'ai vu. Depuis 4 mois nous vivons dans un rêve. Et puis ce matin, tout a basculé. Il a suffit d'un mot, inscrit sur un morceau de feuille à carreau. J'ai compris avant même de le lire. J'ai pu voir dans son regard triste et désolé que c'était terminé.  Je réalise à peine la place que je lui ai laissé dans mon coeur. Je brûle du premier et du dernier amour, celui qui ne meurt jamais vraiment.
Je crois qu'il en aime une autre. Ou peut être un autre. Comment ai-je pu être aussi stupide?

J'ai rêvé de ce jour. Celui où je n'étais pas encore une gardienne. Celui où je n'avais pas à me préoccuper de la brume et de ses engeances qui menacent Queens Harbour. Je n'arrête pas de revoir la vidéo où tout a commencé, quand les ondins ont attaqués pour la première fois.

A la prochaine lune, ils reviendront encore plus forts. Je devrais me battre et certainement mourir. J'ai 16 ans et je vais mourir au champ de bataille, comme ma mère. Mais je suis déjà morte d'amour.

Drew Dinsmore

"... tu as volé mon étoile."

Ambitions

Il y a quelques mois, j'avais pris la décision de prendre le temps de vous raconter un peu tout ce qui se passe autour de mon activité photographique, de parler davantage des coulisses, de mes projets, de mes doutes. Encore une fois le temps s'est écoulé très vite et je n'ai finalement pas suivi cette résolution. Je m'en excuse. Beaucoup de choses ont changés, et en particulier mes ambitions pour la suite. J'aimerai faire le point avec vous.

J'ai commencé la photographie quand j'étais au lycée, comme un échappatoire créatif à l'enfermement des cours et à mon mal-être d'adolescent. Je me suis lancé dans des études de cinéma et de théâtre (en Arts du Spectacle) avec l'espoir de pouvoir faire du cinéma. A cette époque, je n'ai pas réussi à me lancer dans ce domaine donc j'ai commencé à m'intéresser de plus en plus à la photographie et ça s'est imposé petit à petit comme une passion, et un métier. Je n'ai jamais caché le fait qu'en faisant de la photographie, j'avais en tête d'apprendre à devenir un créatif en vue de pouvoir revenir à l'audio-visuel et plus largement à raconter des histoires.

Depuis quelques années, grâce à des amis, j'ai réussi à me lancer dans de beaux projets de fiction,  une websériedes courts-métrages et des chroniques web (en particulier récemment une chronique sur le jeu de rôle) et des jeux de rôle. Malgré les difficultés, j'ai trouvé énormément de plaisir à m'engager dans ces projets. Je me sens à ma place. Finalement bien plus qu'en photographie. Même en photographie, j'ai toujours eu cette envie de raconter des histoires avant tout, et je suis rendu à un point où la photographie seul ne me suffit plus. Je ne pense pas avoir été au bout de ce que je pouvais faire en photographie, mais je sens que je suis arrivé à un croisement, un moment charnière où mes ambitions ont changées.

Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? Je n'ai pas l'intention d'arrêter la photographie. Déjà parce que c'est mon métier, mais aussi parce que ça reste toujours une passion et j'ai acquis suffisamment d'aisance et de plaisir à photographier que j'aurais bien du mal à m'en passer. Cela dit, je n'ai plus l'ambition d'avoir du succès dans le monde de la photographie. Je n'ai plus l'envie d'essayer de faire des expositions, de vendre des tirages, de réaliser un livre ou d'être publié dans des magazines. Je n'ai plus l'envie de tenter d'être reconnu dans ce milieu. Je me demande même si ça m'a jamais vraiment intéressé au fond.

Actuellement, mes envies se tournent essentiellement vers le jeu de rôle et la création d'univers et j'envisage la photographie comme un moyen d'illustrer mes créations. J'ai publié en novembre 2015 mon premier jeu de rôle, intitulé Happy, pour lequel j'ai réalisé les illustrations photographiques (qui illustrent également cet article). Je vais poursuivre ce travail avec mon second jeu, Happy Together, sur lequel je travaille actuellement. De plus, une bonne partie de mon travail sur ma série photographique "Ether" (en gros toutes mes photos dans une ambiance féérique/sorcière/éthéré) se retrouvera certainement d'une façon ou d'une autre dans un futur projet de jeu de rôle/univers sur lequel je travaille depuis longtemps.

Je tiens aussi à soutenir mes amis de l'association ImagiVienne qui travaillent sur de nombreux projets titanesques, et notamment la websérie Avaliëa dont je suis le co-créateur et le superviseur. Je vais continuer de réaliser des photographies pour promouvoir leurs réalisations. Vous avez déjà pu en voir quelques unes avec ma précédente publication sur le tournage de Warren Flamel, la fansérie dans l'univers d'Harry Potter.

Bref, je suis loin d'en avoir fini avec la photographie, mais je tenais à ce que vous sachiez les nouvelles orientations qui sont les miennes désormais. Je vais tenter de reprendre petit à petit les publications (je n'ai rien publié depuis mars) et vous tenir informé de tout ça, avec ma régularité habituelle, c'est à dire chaotique. Haha!

Merci à tous ceux qui me soutiennent malgré mon tempérament de girouette. Je vous jure que j'essaie de me focaliser. Promis!

De l’impossibilité de présenter le jeu de rôle

Je fais suite à la publication par CasusTV de sa première vidéo sur Youtube intitulée « Qu’est-ce que le jeu de rôle ? Par Maxime Chattam » mais aussi plus généralement de l’abondance récente de vidéos qui tentent de définir le jeu de rôle.

Pourquoi vouloir présenter le jeu de rôle ?

C’est une volonté tout à fait logique pour un rôliste de pouvoir expliquer ce qu’est son hobby, tout comme on a envie d’expliquer à un néophyte en quoi consiste le curling, ou la peinture sur soie. Le jeu de rôle fait parti de ces loisirs méconnus du grand public, qui nécessite qu’on l’explique sans quoi le tout venant en a au mieux aucune idée du tout, au pire une vision biaisée (ça se joue en costume ? c’est du jeu vidéo ?).

La difficulté arrive quand on constate la multiplicité des pratiques qui entourent le jeu de rôle. Chaque table, chaque animateur ou meneur de jeu, chaque association, chaque communauté a sa façon d’appréhender le jeu de rôle et tenter d’en définir les grandes caractéristiques revient en fait à se poser la question : c’est quoi le jeu de rôle ? Question somme toute compliquée, au même titre qu’on n’a toujours pas réussi à se mettre d’accord sur ce qu’est l’art ou pire encore le sens de la vie.

Alors que faire, mes bons amis ?

Si présenter une forme basique DU jeu de rôle semble un sacerdoce, peut-être faut-il envisager de présenter UN jeu de rôle, un seul à la fois, et de multiplier l’expérience autant de fois que nécessaire pour recouvrir l’ensemble de sa diversité, et permettre à tout un chacun de s’approprier ces jeux de société, ou pas, selon ses affinités.

La corrélation entre LE jeu de rôle et une illustration de fantasy.

La corrélation entre LE jeu de rôle et une illustration de fantasy.

Mais c’est quoi cet acharnement contre cette vidéo qui a une initiative très louable ?

Je ne dis pas qu’il faut abandonner la présentation de notre loisir. Ce que je dis c’est qu’il est impossible d’aller voir des néophytes et d’aller leur donner une définition satisfaisante du jeu de rôle qui puisse n’exclure personne. Le jeu de rôle, ça se joue avant tout, et la meilleure façon de le présenter c’est qu’une diversité de pratiquants proposent des parties à tout le monde. Proposer une vidéo de présentation générale qui se prétend neutre en établissant le jeu de rôle avec un paquet de clichés (aussi bien dans le texte que le visuel), avec du placement de produit (qu’il soit volontaire ou non), c’est un scandale, mais tout le monde semble apprécier la réalisation léchée et le sérieux de Mr Chattam. Elle est d’autant plus problématique qu’elle est bien faite et que l’entreprise est louable.

On pourrait éventuellement se dire qu’une multiplication des présentations du jeu de rôle par les différents pratiquants du jeu de rôle serait à même de représenter une certaine diversité. Mais je pense que ça ne ferait que renforcer des clichés, en délimitant des caricatures de pratiques, là où les pratiques sont un ensemble de nuances. Ces même caricatures, qui par exemple, tendent à figer les jeux de rôle indépendants comme systématiquement sans MJ, ou avec des thématiques intello, là où on pourrait sortir un paquet de contre-exemples.

Pathfinder, des dés et une feuille de personnage. Le jeu de rôle ?

Pathfinder, des dés et une feuille de personnage. Le jeu de rôle ?

Concernant l’affiliation BBE et Casus Belli, ça ne me pose pas de problème à priori. Je travaille moi-même sur ma chronique vidéo Mandala, et je ne me cache pas de défendre ma propre paroisse, mes jeux ainsi que ceux des Ateliers Imaginaires, tout comme je pense le fait de façon assumée Romaric Briand avec La Cellule. Mais jamais je n’irai faire une vidéo pour dire que le jeu de rôle, c’est notre pratique, en excluant directement tout le reste sous prétexte que c’est la pratique majoritaire et historique ou que c’est le jeu de rôle qui vaut la peine d’être présenté avant tout le reste.

En réalité, je ne défends pas seulement ma propre pratique du jeu de rôle, mais toute la diversité qui existe même au sein du JDR , y compris des pratiques dont je ne soupçonne même pas l’existence. Ce n’est pas une façon de me victimiser parce qu’on « bouh, on ne parle pas de ma pratique, je suis un vilain petit canard ». Je veux simplement mettre en lumière qui me semble dérangeante pour l’ensemble du jeu de rôle qui est de vouloir à tout prix prendre un angle d’attaque généraliste pour espérer attirer de nouvelles recrues au jeu de rôle, qui finissent par être de l’exact même moule, cercle vicieux de la culture geek qui engrange de la culture geek, au détriment de la diversité.

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***

Ce que je vois dans cette vidéo, ce n’est pas tant une tentative louable de présenter le jeu de rôle au grand public qu’une caricature du jeu de rôle qui le fige dans une pratique qui exclut toute la diversité de ce beau medium, et qui largue au passage un paquet de gens qui auraient pu s’y intéresser.
Je n’ai rien contre Maxime Chattam ou Black Book Editions, dont je respecte le travail, ni contre tous ceux qui ont tentés de faire des présentations du jeu de rôle jusqu’à présent. Mon but est de questionner et de débattre. Avons-nous réellement besoin de ces vidéos ? Est-ce que vous aidez vraiment le jeu de rôle à s’épanouir en faisant cela ?

On me parle d’intégrisme, de dogmatisme, là où je m’y oppose au contraire fermement, en clamant l’impossibilité de présenter LE jeu de rôle. Il n’y pas DU jeu de rôle, mais DES jeux de rôles. Vous voulez présenter le jeu de rôle au grand public ? Proposez leur une diversité de jeux qui est susceptible de les intéresser et faites les jouer. Faites leur participer à des parties aussi différentes les unes que les autres, montrez leur comment le jeu de rôle peut être à la fois divertissant, émouvant, épanouissant mais aussi utile, bouleversant et subversif. Tant que vous continuerez à vouloir réduire le jeu de rôle à la somme de ses clichés, vous incarnerez un dogme. Ne faites plus ça, je vous en prie.